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  • Photo du rédacteurMuriel Coutant

Comme une chanson sans refrain

D’où provient ce sentiment désagréable de tourner en boucle et de ne pas avancer ?


Je parle de ces situations de « déjà vu », d’échecs, d’épreuves et d’inconfort récurrents. Ou de ces périodes qui n’apportent rien de nouveau à notre quotidien. Rien qui puisse le transformer en nouveau départ, avec tout l’allant qui en résulte.


Il m’arrive de comparer ces phénomènes de répétition stériles au refrain d’une chanson. Nous progressons le temps d’un couplet, jusqu’à ces quelques vers inlassablement répétés que constitue le refrain. Nous apprécions le chanter, d’abord parce qu’à force de répétition, nous l’avons plus facilement mémorisé, aussi parce qu’il est socialement incarné. C’est  le passage de la chanson le plus partagé. Ensemble, nous entonnons le refrain, à tue-tête parfois, comme un lien indicible de notre mémoire collective. Soit.


Et si le refrain d’une chanson n’apportait rien de plus qu’un espace de sécurité ? Un espace confortable et protecteur ? Comme une guimauve dont le sucre nous apaise, nous ramollit et nous interdit toute excursion dans l’inconnu, dans l’incertitude d’un texte qui n’est pas encore écrit.


A tous ceux qui enferment leur histoire dans un territoire trop connu et étriqué, à tous ceux qui lui préfèrent une histoire de curiosité et d’imprévu, je propose cette expérience d’écoute des chansons sans refrain.


Elles sont aussi puissantes que rares ! Parce qu’elles ne sont pas conformes à la structure d’une chanson prévisible, et parce qu’elles relèvent d’un talent de narration et de composition. Elles révèlent le plaisir d’être surpris, et la confiance que nous pourrions accorder à oser l’inconnu pour mieux avancer. Oser renoncer à ce qui nous entrave.


Stairway to heaven

Prenons par exemple Stairway to heaven , le sublime escalier pour le paradis proposé par Led Zeppelin. Même dans une langue étrangère, l’émotion nous saisit tout au long de l’ascension. Car il s’agit bien de cela : une progression sans retour vers le sommet, menée par la mélodie qui brise les codes, et des paroles qui enflent pour frôler le sublime. A la manière d’un chantre médiéval, Robert Plant nous raconte une histoire, invitant successivement ses personnages : flûte à bec, puis batterie et enfin guitare dans un solo rock narratif que nous souhaiterions sans fin.


La Quête

Il existe aussi des refrains qui n’en sont pas. Les vers se ressemblent mais les mots diffèrent. C’est le cas de La Quête d’Orelsan dont le refrain mutant accompagne la progression du récit, en l’occurrence celle d’un jeune homme pressé de grandir. Comme si l’évolution des paroles dessinait ce désir de croissance. Comme si la confiance prenait racine dans les légères transformations du texte. Comme si Orelsan donnait raison à Victor Hugo « Vivre est une chanson dont mourir est le refrain ».


Amsterdam

Et ce coup de talon sur l’accélérateur lancé plusieurs fois par J.Brel dans le port d’Amsterdam ? « Dans le port d’Amsterdam », quatre avertissements rugissant en début de couplet, annonciateurs d’une démonstration de puissance, qui envoient valser les bonnes intentions et déchaine la rage sans prendre le temps de souffler. Le récit nous transporte au point d’en humer les odeurs, de visualiser les bas-fonds et de nous priver de respiration. Une expérience sensorielle que l’absence de refrain provoque à la faveur d’un immense talent d’interprétation. D’un immense texte aussi.


Et bien d'autres

Je pense alors au cabaret imaginaire offert par Bohemian Rhapsody (Queen), à la poésie de Pyramid Song (Radiohead), aux volutes psychédéliques de White Rabbit (Jefferson Airplane) et à bien d’autres.


Une chanson sans refrain pourrait être la métaphore d’une vie sans répétition.

Une vie libérée de son confort et de sa routine, du chemin trop souvent emprunté et de son ennui. Une vie habitée par l’audace d’en être l’auteur inventif. L’auteur d’une histoire sans redite, dont la narration autorise l’inattendu, les rencontres, la croissance de qui nous sommes et pouvons devenir, et le plaisir de l’accomplissement.



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